Enquête • Influence étrangère

L'annexion du Groenland : une idée soufflée par le Kremlin à Donald Trump ?

Publié le 7 janvier 2026 à 11h45 • Mis à jour à 14h30
En 2019, Donald Trump exprime pour la première fois en public son intérêt pour l'achat ou l'annexion du Groenland. La même année, une lettre falsifiée, attribuée par les services de renseignement danois à la Russie, circule auprès du sénateur américain Tom Cotton – un proche de Trump. Cette opération d'influence visait explicitement à créer des tensions entre le Danemark, les États‑Unis et l'OTAN. Aujourd'hui, alors que Trump est de retour au pouvoir et relance l'idée, la question se pose : cette vision géopolitique est‑elle le fruit d'une manipulation russe ?

Chronologie d'une idée empoisonnée

2019 : En août, Donald Trump évoque pour la première fois l'idée d'acheter le Groenland au Danemark, provoquant une crise diplomatique. En octobre, une lettre falsifiée, censée émaner du gouvernement groenlandais, est envoyée au sénateur républicain Tom Cotton. Elle appelle à un référendum d'indépendance du Groenland et demande un financement américain accru. L'enquête du service de renseignement danois (PET) attribue cette opération à la Russie. L'objectif : semer la discorde au sein de l'OTAN et entre le Danemark et les États‑Unis.

2025‑2026 : De retour à la Maison Blanche, Trump réactive et intensifie son discours sur l'annexion du Groenland, présentée comme un enjeu stratégique pour l'Arctique. Les analystes observent une radicalisation du discours comparée à 2019, avec des mentions répétées lors de ses meetings et dans ses déclarations officielles.

Ce qu'en disent les services danois

« C'est une opération classique de désinformation russe, particulièrement grossière dans sa forme mais sophistiquée dans sa cible », confie une source au sein du PET sous couvert d'anonymat. « L'objectif était triple : affaiblir la cohésion du royaume du Danemark, créer des tensions entre Copenhague et Washington, et tester la réactivité de l'OTAN sur les questions arctiques. »

Une opération d'influence « sur mesure »

La lettre falsifiée de 2019 est un cas d'école des méthodes russes d'ingénierie sociale. Son destinataire, Tom Cotton, est un sénateur influent, proche de Trump, connu pour ses positions fermes sur la souverainne té américaine. Le narratif évoque une coopération économique, sécuritaire et un référendum d'indépendance – des thèmes susceptibles de séduire un certain courant politique américain.

« Le timing était parfait : l'idée a été injectée dans l'écosystème trumpiste juste avant que le président ne commence à en parler publiquement. C'est du travail de professionnel. »

Les services danois l'affirment : il s'agit d'une tentative délibérée de « diviser pour mieux régner ». Le Groenland est un levier idéal : territoire stratégique de l'Arctique, riche en ressources, abritant des bases militaires américaines, et appartenant au Danemark – membre de l'UE et de l'OTAN.

Pourquoi cette idée a‑t‑elle « pris » chez Trump ?

L'efficacité d'une opération d'influence dépend de la réceptivité de la cible. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi l'idée du Groenland a trouvé un écho favorable :

Les services russes n'ont pas eu besoin de « contrôler » Trump. Il leur a suffi de comprendre ses biais cognitifs et d'introduire l'idée dans son environnement immédiat. Une technique éprouvée qui évite les risques d'une manipulation directe et détectable.

Le Groenland, enjeu stratégique du XXIᵉ siècle

La région arctique est devenue un théâtre de rivalité mondiale. Le réchauffement climatique ouvre de nouvelles routes maritimes, rendant accessibles des ressources jusqu'alors inexploitables. Les hydrocarbures, minerais rares et positions stratégiques font de l'Arctique un nouvel échiquier géopolitique.

Une annexion ou un rattachement accru du Groenland aux États‑Unis bouleverserait les équilibres régionaux et fragiliserait le Danemark – un pilier de l'OTAN en Europe du Nord. La base américaine de Thulé, déjà sensible, deviendrait un point de friction permanent entre Washington et Copenhague.

Conclusion : une manipulation géopolitique réussie ?

Les faits sont têtus : une opération d'influence russe confirmée visait en 2019 à influencer l'entourage de Trump sur le Groenland. L'idée est apparue presque simultanément dans le discours public de Trump. Elle réapparaît avec force en 2025‑2026, alors que Trump est de retour et que les tensions en Arctique s'exacerbent.

Sans affirmer que Trump est une « marionnette » du Kremlin, il est hautement probable que l'idée de l'annexion du Groenland lui ait été soufflée via une opération de désinformation russe. Celle‑ci a exploité ses préférences politiques et son style décisionnel pour injecter une idée géopolitiquement destructrice au sein de l'alliance occidentale.

Diviser pour mieux régner : la vieille recette russe fonctionne encore. Et le Groenland en est aujourd'hui l'un des symboles les plus inquiétants.